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  J.C  (sculpture traditionnelle)

  Jean-Christophe  Teriihoania naît le 5 Avril 1970 à Tahiti et passe son enfance et son adolescence dans un milieu pétri d'art polynésien ; oncles et cousins aînés dessinent, sculptent et polissent des Tiki (représentation matérielle des demi dieux, ).L'influence de ce cadre orientera sa carrière radicalement.

 

     Lorsqu'il franchit le cap des quatorze ans, il entre au Centre des Métiers d'Art de Tahiti pour y entamer une formation de sculpteur graveur. Le quotidien des apprentis est soumis à la loi du compagnonnage : ils assistent leurs aînés dans leurs œuvres et sont donc corvéables à souhait. De l'usure s'opère une sélection où seuls payent l'observation, la patience et la ténacité. L'argent de leur travail ne leur est pas accessible car bloqué en banque et ils n'ont pour seul support qu'un papier et un crayon pour libérer leur créativité, le travail du bois leur étant pour l'instant interdit. JC, lui, utilise son temps libre pour se plonger dans la lecture et la théologie pour accroître ses connaissance du monde qu'il ne connaît pas encore : ce qui lui vaudra de s'élever au dessus des conflits culturels, et d'apprendre à ne voir que le meilleur dans chacun. Il prend alors conscience que seule l'écriture et les arts avait pu conserver l'identité des  civilisations.

 

     En lisant notre Histoire, le récit alternatif de nos phases de prospérité et de perdition lui fait percevoir indirectement ce à quoi son peuple a échappé, de par la position géographique éloignée et sa nature généreuse, mais aussi ce qui pourrait le menacer dans la modernité. Nouvelle leçon pour l'avenir du genre humain : l'homme, dans sa sophistication, ne doit pas s'éloigner du sens caché de la nature.

J.C prend conscience de cette dualité que lui même abrite, la douceur de vivre simplement s'opposant à l’impérieux besoin de consommer pour s'élever, ne serait-ce qu'au dessus des autres. Il ne prend cependant pas le parti de la sainteté à chacun de ses pas et il lui arrive, comme à tous devant l’Éternel, de plonger la tête la première dans les excès. Aussi ne soyez pas surpris, si vous le croisez un jour hors de son atelier en posture cocasse, dites vous qu'il entreprend de toucher le fond de son excès pour l'exorciser !

 

     Il profite de ses vacances sur l’île de Bora Bora (dont il est originaire) pour développer ses capacités hors des contraintes scolaires avec son oncle Joe Teamu, sculpteur notoire ayant décoré plusieurs hôtels avec des pièces de bois sculptées de sa facture. Il réalise lors de ces expériences l'importance fondamentale de la transmission du savoir, et de sa place dans toute société. Le nombre de membres de sa famille versés dans la sculpture s'explique du fait que cette charge, héréditaire dans la Polynésie ancienne, n était réservée qu'à une seule caste d'intendants- prêtres, les Tuhuna ( Tahu’a dans les îles de la société) dont le rang social se situait juste au dessous de celui de monarque.

 

      A Tahiti, quelques années plus tard, son travail (Premier prix de gravure sur nacre), réalisé dans le souci du détail et de l'exactitude, lui vaut d’être promu au rang de professeur de gravure, où il va enseigner à des groupes d'étudiants qui, pour certains d'entre eux, sont de dix ans son aine, il a alors 25 ans.

 

       Paradoxalement, cette position lui apporte plus de frustration que de satisfaction, et il passe ses nuits à sculpter pour sa propre passion, ce loisir lui étant interdit pendant la journée où il doit surveiller. Il cesse d'enseigner au bout de deux ans, en 1998, c'est à ce moment là qu'il commence à gagner notoriété et reconnaissance, ce qui lui vaudra d’être choisi par ses pairs pour représenter la Polynésie Française lors de nombreux événements culturels au sein du triangle océanien ( Nouvelle Zélande, Hawaï ei île de Pâques). Vous retrouverez donc nombre de ses œuvres dans différents centres et musées tels que Oahu et PCC à Hawaï, Cultural minister of Rarotonga, Centre des métiers de l'art et musée des îles à Papeete et tant d'autres...

 

      Au travers de ces voyages, se ranime sa curiosité,  exacerbée depuis son enfance. Il se rappelle qu'il questionnait déjà ses parents sur le pourquoi des Tiki et la vie de ses ancêtres, il n'obtenait alors qu'un silence pour toute réponse. Le silence du non-savoir, du au fait que les Anciens n'écrivaient pas. Ce même silence, source d'une intrigue insoluble ne l'ayant en fait jamais quitté, J.C y repense lorsqu'il photographie, dessine tous les sites et monuments qu'il visite, s'entretient avec les plus anciens en notant leurs paroles.

 

      Lors de son parcours d’île en île à la recherche de modèles pour ses sculptures qui assurent sa subsistance, il lui semble trouver un peu plus de lui même. Un jour, devant un monument antique et des Tiki epars, il sent comme une vibration qui lui donne, pour reprendre ses propres mots, l'impression « d'avoir mille ans ».

 

       Cet événement, qu'il se remémore le soir même , l’empêche de dormir , et, quand toute explication cartésienne se retrouve éloignée, lui apparaît alors comme une révélation le but de son existence : collecter toutes les bribes d'information relatives à la culture Polynésienne dispersée et silencieuse dans les archipels, pour la rassembler, trouver son sens et lui rendre ses lettres de noblesse. Cette quête, il le sait déjà, dépasse de la durée de sa vie, mais il est convaincu que ce destin de pionnier lui revient, car il se sent d'ores et déjà investi de cette mission.

 

     Est-ce un hasard de le voir revenir sur Bora Bora ( Première sortie des eaux, selon la légende), quand on sait que cette île, surnommée la perle du pacifique se situe géographiquement au centre de ce triangle, qui fut le point de regroupement des rois,. En s'y installant, J,C se retrouve à équidistance de chaque coin de l'espace culturel qu'il s'est donné de reconstituer ; il trace de là, sur la carte et dans son subconscient, la « nav » de ses futurs voyages et en définit la trame, puis recrée ce qu'il a saisi dans son atelier. Et c'est ainsi, petit à petit, en alternant travail et expéditions que s'amasse à nouveau ce volume culturel qui, cette fois, sera figé et transmis.


 

        

 

                    « La plus grande tache de l'homme est de s'accomplir »  

                                                                                                      Alexis de Tocqueville.

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